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Face à la pauvreté, « la France se regarde trop le nombril ».

20 octobre / 2010
Ecrit par stephanie Vachon

Pour le chercheur Julien Damon, le manque d’outils statistiques explique le peu d’efficacité des politiques françaises contre la précarité. %%% %%% En France, le taux de pauvreté, après avoir diminué de 1970 à 1990, s’est globalement stabilisé avant de repartir récemment à la hausse. %%% %%% Pourtant, la situation des pauvres s’est dégradée : à la fin des années 90, les 20% des français les moins riches disposaient encore de la moitié de leurs ressources après avoir réglé leurs dépenses contraintes (loyer, assurances, énergie…). %%% %%% Aujourd’hui, ce budget atteint les trois quarts de leurs revenus, ce qui laisse peu de place pour subvenir aux aléas de la vie. Pour Julien Damon, professeur associé à Sciences Po, il n’y a pas de fatalité : on peut faire baisser la pauvreté à condition de lui faire face, de la quantifier et de se fixer des objectifs précis pour la combattre. %%% %%%

%%% %%% ((/blog-actu/public/.petits_freres_des_pauvres_m.jpg|Photo petits frères des pauvres|C|Photo petits frères des pauvres, oct. 2010)) Un bénévoles des Petits Frères des Pauvres parle à une femme sur la plage de Cabourg. %%% %%% __++L’objectif est de faire baisser la pauvreté, qui touche 8 millions de personnes, d’un tiers d’ici 2012. Est-ce possible ?__++ %%% %%% Tout dépend de la définition que vous donnez à la pauvreté. Si vous dites : ce sont les 10% les moins riches, vous ne l’éradiquerez jamais. %%% %%% Dans sa définition classique européenne (le seuil de pauvreté étant fixé à 60% de la médiane des revenus par unité de consommation), la pauvreté varie peu d’une année sur l’autre. La pauvreté représente 13% de la population depuis cinq ou six ans, et il est invraisemblable que l’on puisse faire baisser ce taux d’un tiers en deux ans. %%% %%% Pour se fixer cet objectif de réduction, il a fallu ruser et bâtir un indicateur plus compliqué. On a pris la situation de 2007 et on observe son évolution, compte tenu de l’inflation, mais sans tenir compte de l’évolution des revenus du de la société. On ancre l’observation dans le temps, une méthode qui a fait l’objet d’une grande bagarre. %%% %%% Autre problème : on ne connaîtra le niveau de pauvreté de 2012 qu’en 2014, compte tenu de la lenteur de notre appareil statistique. Ce n’est pas la faute de l’Insee : c’est simplement une question de priorité fixée par le pouvoir : l’Insee est capable de calculer au mois le mois le taux d’inflation, qui passe par des milliers de mesures ! %%% %%% Dans les discours, la pauvreté est une priorité, mais tant que cela ne se traduira pas dans les outils statistiques, ce ne sera guère crédible. Aux Etats-Unis, on a eu les chiffres de la pauvreté de 2009 un mois avant que la France publie ses chiffres de la pauvreté de 2008 ! %%% %%% ++__Le RSA vous semble-t-il un bon outil pour lutter contre la pauvreté ?__++ %%% %%% Il a été inventé pour accompagner la croissance, pour aider les gens à trouver du boulot. S’il n’y a pas de boulot, il ne réduira pas la beaucoup la pauvreté. Même son concepteur [Martin Hirsch, ndlr] le reconnaît. %%% %%% Mais si la croissance revient, il peut être très efficace. Le problème, en France, c’est qu’on ne sait pas trop qui est responsable de la lutte contre la pauvreté. Et qu’aucune priorité n’est fixée à la mesure de ce grave problème social. %%% %%% Les instruments de lutte sont illisibles. Même les experts qui sont censés les connaître s’y perdent. Ils doivent suivre les « crachouillis » législatifs et réglementaires qui adaptent au coup par coup les prestations : minimas sociaux, centres d’hébergement, prestations familiales, prestation logement… %%% %%% Seuls dix personnes en France sont probablement capables de comprendre la logique des barèmes. Les opérateurs, ceux qui distribuent les prestations, n’arrivent pas à suivre la législation instable. %%% %%% Les caisses d’allocation familiales sont des outils efficaces pour digérer les situations de familles défavorisées, mais elles peinent à faire leur travail face à cette complexité mouvante. %%% %%% Et les bénéficiaires, ou des gens qui devraient l’être, ne font pas de demande parce qu’ils n’ont aucun moyen de savoir qu’ils ont droit à ces prestations… Mais on continue ainsi : cela s’appelle le génie français. %%% %%% ++__Une statistique plus ambitieuse et une simplification des prestations sont pour vous un préalable indispensable à une « guerre contre la pauvreté » ?__++ %%% %%% Oui. Et puis il faut cesser de se regarder le nombril. La pauvreté résulte de trois facteurs : %%% %%% •l’évolution des revenus •l’évolution des familles (séparations, etc) •les migrations %%% %%% On n’est pas isolés dans le monde, et le débat sur la pauvreté touche aussi à la question de l’accueil. Par ailleurs, il faut regarder les expériences engagées à l’étranger. Au Royaume-Uni, dans les pays scandinaves… %%% %%% ++__Un des problèmes n’est-il pas aussi la question du logement en France ? Le système d’hébergement des sans-abris accueille des travailleurs qui n’ont pas grand chose à y faire, mais qui ne trouvent pas de logement…__++%%% %%% Oui, trop de gens ne parviennent pas à sortir du circuit de l’hébergement. Et le plus absurde, c’est que l’hébergement coûte plus cher que le logement social. %%% %%% Pour résoudre cela, on pourrait commencer par abaisser le plafond de ressource en deçà duquel on peut prétendre à un logement social. %%% %%% Il n’est pas normal que des ménages ayant des revenus parfois plus que décents bénéficient du système, bloquant l’accès de ceux qui en ont le plus besoin. On arguera de la « mixité sociale », mais c’est pour empêcher de réformer. %%% %%% (Source : site de rue89.com – http://www.rue89.com/passage-a-lacte/2010/10/17/pour-lutter-contre-la-pauvrete-il-faut-cesser-de-se-regarder-le-nombril-1)

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