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Le BusAbri, un refuge pour sortir de la précarité

9 décembre / 2010
Ecrit par stephanie Vachon

__Reportage à Paris avec les travailleurs pairs de l’association les Enfants du canal, d’anciens SDF qui assistent aujourd’hui des sans-abri.__ %%% %%%

Près des catacombes, dans le XIVe arrondissement de Paris, un bus aménagé se gare chaque matin pour accueillir les sans-abri. A l’intérieur, ils sont une dizaine. Certains jouent au Scrabble, alignant des mots qui semblent refléter leur situation : «flouze»,«foyer»,«argent»,«maison». Au fond, Claudine Blanchard, 55 ans, est l’une des cinq «travailleurs pairs» recrutés par l’association les Enfants du canal. %%% %%% Anciens sans-abri ou ayant connu une grande précarité, embauchés en contrat d’accompagnement à l’emploi (CAE), rémunérés au Smic, les travailleurs pairs partagent leur vécu. «Je n’ai jamais été dans la rue, explique Claudine. Je m’en suis sortie grâce à des relations qui m’ont trouvé un foyer d’accueil… Mais j’ai connu la précarité, la peur. Ce qui me rendait malade, c’était de tomber sur des murs. Les gens s’en fichent, de la précarité.» %%% %%% «Broches». Ion vient au BusAbri tous les jours, depuis un mois. Aidé par Anne-Laure, une assistante sociale qui a son bureau à l’étage, il a trouvé un logement sur une péniche et cherche un emploi. «Sans ce bus, je n’aurais jamais pu trouver de solutions aussi vite. Quand tu es dans la rue, tu ne sais pas à qui t’adresser.» Son passé ? «Je vivais chez mon oncle. Mais quand il est mort, on m’a donné vingt-huit jours pour partir.» %%% %%% Ion a enchaîné les foyers et les nuits à la belle étoile. «Il faut voir à quoi ressemble un foyer. Ça se bouscule pour entrer, ça dort par terre. Des gens passent la nuit sur des chaises. Vous essayez de dormir, mais il y a trop de bruit. Quand vous y arrivez enfin, on vous renvoie dans le froid.» %%% %%% Près de lui, Julien, 37 ans. Sans-abri depuis cinq ans, il s’est fait tabasser un soir par deux inconnus, qui lui ont volé ses affaires. «Depuis, j’ai des broches dans la jambe gauche. Je suis invalide.» Au BusAbri, Julien a trouvé «la gentillesse, l’écoute, la convivialité».«Sans ce bus, je serais sûrement mort», assure-t-il, montrant une carte délivrée par les Enfants du canal qui lui donne droit à un repas gratuit, chaque soir, dans une brasserie. %%% %%% Au BusAbri, on organise des activités. Ateliers d’écriture, de peinture. Asmil, dans la rue depuis un an, signe sa dernière œuvre, une peinture qui ornera sa chambre, au foyer des Enfants du canal. «Les gens de la rue ont perdu leur estime de soi. Ici, on les aide à se reconstruire», affirme Cédric Lautard, chef de service du bus. %%% %%% «Valises». Claudine part en maraude. Près du métro Denfert-Rochereau, un vieil homme au visage buriné. Rabah, 68 ans, a perdu son logement au moment de la retraite. Claudine lui serre la main : «J’ai quelque chose pour toi. Un foyer de retraités, dans la région parisienne.» Rabah secoue la tête. «Ça ne l’intéresse pas, explique Claudine. Il ne veut pas quitter Paris. Déjà, pour le faire venir dans le bus, c’est difficile, car il ne quitte jamais ses trois grosses valises, sauf quand il les donne au marchand de journaux.» %%% %%% Claudine confie : «En général, les sans-abri ne veulent pas qu’on les aide. Ils mettent très longtemps à venir. Et il faut les accompagner, même une fois relogés. Après avoir vécu dans la rue pendant des années, ils doivent réapprendre à vivre.» %%% %%% (Article rédigé par Fabien Soyez, paru sur le site de liberation.fr – http://www.liberation.fr/societe/01012305218-le-busabri-un-refuge-pour-sortir-de-la-precarite)

Catégorie : Actu des Sans-Abris |