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Mal logement : « Cette année, c’est un mort par jour ! »

10 décembre / 2010
Ecrit par stephanie Vachon

__Augustin Legrand (Enfants de Don Quichotte) et Christophe Robert (Fondation Abbé Pierre) du « Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement » ont débattu du mal-logement avec les metronautes.__ %%%

__Soph : On entend peu parler des SDF cet hiver et pourtant les températures sont basses. On parle « d’un ou deux morts » mais quelle est la réalité sur le terrain ?__ %%% %%% La réalité sur le terrain est très difficile.Mais il ne faut pas oublier que c’est le cas toute l’année pour des dizaines de milliers de personnes vivant à la rue. D’ailleurs les personnes sans abri meurent autant l’été que l’hiver. Cette année, c’est un mort par jour ! %%% %%% __Olive : Pourquoi on en entend plus parler ?__ %%% %%% C’est tous les hivers la même chose. Les premiers morts dans la rue provoquent un peu d’écho médiatique et d’autres actualités reprennent le dessus. Pourtant il ne s’agit pas d’un sujet comme les autres et la gravité de la situation appellerait un autre traitement. La complexité du sujet rend aussi difficile son traitement car ce qui nourrit le problème des personnes à la rue, c’est en réalité une poche de 3.5 millions de personnes mal logées, sans parler du fait que ce sont au total 10 millions de personnes qui souffrent de la crise du logement. Tout est lié et sans réponses structurelles durables sur la question du logement on réglera pas le problème. %%% %%% __Olive : Etes-vous désormais réunis au sein d’une même association ?__ %%% %%% Depuis l’installation du deuxième campement des Enfants de Don Quichotte, 31 organisations associatives (3000 associations) sont désormais réunies dans un collectif qui a rencontré à plusieurs reprises le premier ministre et fait aujourd’hui le triste constat du manque d’engagement du gouvernement sur ces questions. Des promesses faites n’ont pas été tenues (« plus personne contraint de vivre à la rue », « chantier national prioritaire »…) et c’est la raison pour laquelle les associations inquiètes et exaspérées ont récemment installé des tentes sur le pont des arts pour alerter l’opinion et pousser le gouvernement à agir… Sans succès puisque la réunion avec le premier ministre, il y a 3 semaines n’a débouché sur aucune mesure digne du problème. %%% %%% __Lolo : Quel est votre réaction à propos de ce vieil homme délogé qui s’est suicidé après son placement dans un centre ?__ %%% %%% C’est le reflet des souffrances sociales que provoquent les mal -logement dans notre pays : santé des enfants dans des logements insalubres (600 000 enfant concernés), problème de scolarisation, mal nutrition pour des personnes vivant à l’hôtel et ne disposant pas de cuisine, violences conjugales et absence d’intimité, fatigue au travail, stress, dépression… L’éventail est très large des conséquences du mal logement sur la vie quotidienne et rendent compte de la contre-productivité de l’absence de solutions de logement digne pour des millions de personnes. C’est la raison pour laquelle la loi (Dalo par exemple) est censée protéger les citoyens (65% des ménages en France sont éligibles au logement social…) mais faute d’intérêt électoral et d’enjeux politiques autour du logement, cette question est quasi inexistante dans le débat et in fine dans les politiques publiques comparées à d’autres (santé, emploi, éducation…). %%% %%% __Krunch : Avez-vous le sentiment que les autorités publiques se désintéressent complètement du problème ? Que vous disent les politiques en aparté ? Bachelot a-t-elle le souhait de changer un peu les choses ?__ %%% %%% Un jour un membre d’un cabinet ministériel nous a dit en aparté : « 3.5 millions de mal logés, finalement ça ne fait que 5% de la population !!! » Saut que derrière ces statistiques ce sont autant de femmes, d’hommes et d’enfants qui souffrent quotidiennement en silence. Nous avons souvent des témoignages politiques qui constatent en off la gravité de la situation, le manque d’engagement financier des pouvoirs publics et le désintérêt du politique sur cette question. Mme Boutin après son passage au ministère du logement a publiquement affirmé (après l’avoir constaté avec nous dans les arbitrages financiers par exemple) que le Président de la République et le Premier Ministre se désintéressaient de la question malgré une communication offensive affirmant le contraire : que le budget est en hausse, qu’il y aurait 0 expulsions, que personne n’était contraint de vivre à la rue… %%% %%% __Nolwen65 : Il manque encore 15 000 places à l’appel, dont plus de 1600 en hébergement d’urgence pour les SDF, comment expliquez-vous ces manquements ?__ %%% %%% Personne n’est en capacité de dire combien de places il manquerait aujourd’hui. Ce qui est sur en revanche c’est qu’il manque plus de 800 000 logements, que des dizaines de milliers de personnes vivent à la rue malgré les 110 000 places d’hébergement existantes. La dernière enquête (et d’ailleurs la seule) de l’Insee sur ce sujet date de 2001 ! Suite à cette enquête le gouvernement nous affirme qu’il ne manque pas de places (« 100 000 sans abri, d’un côté et 100 000 places de l’autre ») et pourtant tous les hivers c’est la même histoire : l’arrivée des grands froids provoque l’ouverture de gymnases que les personnes doivent quitter le matin. Comment mettre en œuvre une politique susceptible de répondre aux besoins réels si dès de le départ on nie le diagnostic. L’opinion n’a pas conscience de la gravité du problème et de sa réalité, peut-être parce que la majorité des difficultés se rencontrent dans les grandes villes et pas sur l’ensemble du territoire, et du coup : pas de dangers pour les politiques à ne pas agir tout en affirmant le contraire. %%% %%% __Zoa : Quand on voit un sdf qui s’apprête à passer la nuit dehors, la seule marge de manœuvre c’est d’appeler le 115 ?__ %%% %%% Hélas oui ! Mais en ce moment par exemple, le 115 est saturé dans certaines grandes villes et de nombreux sans abri ne l’appellent même plus (temps d’attente trop long, questionnaires à répétition, lieux d’hébergement proposés inadaptés…). On ne règle pas un problème structurel avec des mesures d’urgence et humanitaire. Cette situation témoigne des limites de la réponse citoyenne et de la charité et combien seule l’intervention politique massive et durable sur le sujet du logement permettra de sortir de cette catastrophe sociale. %%% %%% __Converse : La fondation Abbé Pierre a lancé hier sa nouvelle campagne qui vise l’enfance mal logée. Ca touche combien d’enfants ? Qui vivent comment concrètement ?__ %%% %%% ((/blog-actu/public/Campagne_enfance_mal_logee.jpg|Affiche enfance mal logée|C|Affiche enfance mal logée, déc. 2010)) %%% %%% Depuis de nombreuses années nous étions très inquiets des souffrances subies par les enfants mal logés. 600 000 enfants sont concernés : problèmes respiratoires, saturnisme liés au mauvais état du logement, échec scolaire du fait de l’impossibilité de faire ses devoirs dans un logement surpeuplé, fatigue, difficultés relationnelles entre parents et enfants, entre frères et sœurs en raison de la promiscuité du logement… Ces souffrances sont insupportables et appellent un sursaut politique immédiat. Quand une société n’est pas capable de protéger ses enfants, c’est sa cohésion toute entière qui est mise à mal. Ces difficultés auront des répercutions pendant des décennies sur ces générations d’enfants mal logés. Il est temps de stopper ce fléau. C’est à nous tous de manifester notre volonté de changer de politique et d’ambition pour traiter la question du logement dans notre pays. On peut résoudre la crise du logement rapidement si on le souhaite : respect de la loi SRU, prévenir les exclusions par le logement, construire du logement adapté aux ressources des ménages, imposer 30% de logements sociaux (du beau logement et bien placé !) dans toute opération immobilière, mener une véritable politique foncière, réguler les prix du logement privé (les prix ont doublé en 10 ans !), développer l’hébergement individualisé et pérenne… %%% %%% __Mona : Est-il vrai qu’il y a une sélection des SDF à l’entrée des centres d’accueil ? Est-ce à dire que les immigrés sont repoussés ?__ %%% %%% Oui car il y a une pénurie de places disponibles et la tentation est permanente, malgré la loi, de sélectionner les personnes à l’entrée de l’hébergement. Voilà encore un exemple de contre discours. Le gouvernement affirme appliquer la loi et les consignes de certains préfets sur les territoires imposent aux associations une sélection et mettent la pression sur les travailleurs sociaux qui hébergent des personnes sans papiers. Certains ont même été convoqués au commissariat et menacés de poursuite ! Plus généralement ces situations de tension témoignent de l’absence de réponses politiques globales. Pourtant, nous constatons avec les 3000 associations réunies dans le collectif à quel point ne pas agir coute cher socialement (dépenser 50% de son budget au logement c’est autant de dépenses en moins pour se nourrir, se soigner, éduquer ses enfants…), sanitairement (voir les 600 000 enfants mal logés et le surcoût pour les dépenses de santé de la collectivité) et par voie de conséquence économiquement (1 millions d’euros par jour dépensé dans des chambres d’hôtel sans parler des marchands de sommeil qui s’en mettent plein les poches en profitant de la misère…!). Investir massivement sur le front du logement, c’est la certitude d’un retour sur investissement à moyen terme (socialement et économiquement ) et une cohésion sociale retrouvée qui pourrait changer le visage de notre pays. « La misère ne se gère pas elle se combat » répétait inlassablement l’Abbé Pierre. Pour mener ce combat nous avons besoins de vous pour peser dans le débat public. Alors rendez-vous sur nos réseaux sociaux et dans vos quartiers pour une mobilisation massive ! Merci à vous. Augustin Legrand et Christophe Robert %%% %%% (Article paru sur le site metrofrance.com – http://www.metrofrance.com/info/mal-logement-cette-annee-c-est-un-mort-par-jour/mjlh!PlJ81oLnwkR5Q/?sms_ss=facebook&at_xt=4d01fbab8676f0b2%2C0)

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