Des apparts pour quitter la rue

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Le Telegramme
26/10/2012

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Acheter des appartements pour les mettre à disposition des sans-abris. Tel est le créneau de l’association Toit à Moi, créée par Denis Castin et Gwénaël Morvan. À ce jour, elle possède quatre logements à Nantes et désire s’installer à Lorient.

Alain est tout sourire. Il a retrouvé un toit grâce à l’association Toit à Moi. Après avoir vécu sous une tente, sur les bords de Loire, pendant deux ans et demi. «C’était dur. L’hiver, je dormais habillé pour ne pas avoir froid. Je suis là depuis le 4février», explique-t-il, ses chaussons aux pieds et une cafetière fumante à la main. À côté de lui, Denis Castin, conseiller en création d’entreprise, revient sur la genèse deToit à Moi. «L’exclusion m’a toujours mis mal à l’aise en tant que citoyen. Il y a quelques années, j’ai donné quelques euros à une personne qui faisait la manche. Et j’ai réfléchi à la portée de ce geste.Deux ou trois euros, ça n’est rien. Et ça ne mène nulle part.Je me suis dit que si cent personnes s’engageaient à verser3EUR par mois, on pouvait louer un appartement et le confier à un SDF. J’en ai parlé à Gwénaël Morvan, un ami, qui est allé plus loin dans la réflexion en optant pour l’achat d’appartements. Système bien plus rentable sur le long terme. Nous sommes partis sur la base de 80 parrains s’engageant à verser 20 EUR par mois». Financièrement, ce geste est presque indolore car ces dons font l’objet de 75% de réduction d’impôt. Denis et Gwénaël n’ont pas eu de mal à entraîner dans leur sillage parents et amis. Et en 2008, leur association prenait possession de son premier logement, dont le prêt sera définitivement clos l’an prochain! À présent, grâce à son réseau et à des entreprises partenaires, Toit à Moi dispose de quatre logements à Nantes. «Et trois autres sont en cours d’acquisition, annonce Denis Castin, avec sa pointe d’accent toulousain. Nous sommes des utopistes pragmatiques. On avance doucement mais sûrement».

Des bénévoles pour retisser des liens 

Toit à Moi travaille avec les services sociaux qui mettent l’association en lien avec des personnes susceptibles d’être aidées. «Il faut que ces gens fassent part de leur désir de s’en sortir, qu’elles soient suffisamment autonomes et qu’elles aient un minimum de ressources, précise Hélène Marquet, l’éducatrice spécialisée de l’association. La première pe
rsonne installée, une femme âgée d’une cinquantaine d’années, a retrouvé du travail deux ans après son installation. Elle est totalement autonome et loue, elle-même, un appartement».

Cette resocialisation passe aussi par les visites fréquentes de bénévoles qui gravitent autour de l’association. «On va au ciné, au match, on fait des soirées barbecue. Ça m’a permis de rencontrer les autres bénéficiaires», témoigne Alain, âgé de 53 ans, dans son appartement très bien tenu. Ce peintre décorateur de formation revient de loin. «Les ennuis ont commencé au décès de ma femme. Seul, je n’avais plus les moyens de payer le loyer. Petit à petit, je me suis enfoncé. Dans la rue, j’avais des problèmes d’alcool. Actuellement, je suis suivi par un psy. Je dois beaucoup à l’association. Sans elle, je n’aurais pas avancé». Alain avoue qu’au début, il était un peu gêné. «C’était par rapport aux copains de la rue. Je me disais: pourquoi moi et paseux?». Au mur, près de son ordinateur, des notes sur un calendrier. Des rendez-vous qu’il ne doit pas louper: dentiste, EDF, internet… Autant d’indices d’un retour à une vie normale et équilibrée.

Didier Déniel