Logement pour jeunes en difficulté : dans le Nord, des appartements Toit à Moi pour rebondir après un parcours ASE
Dans la rue, nous pouvons parfois être frappés par la jeunesse de certaines personnes sans-abri, et nous peinons à imaginer leur parcours : comment peut-on être si jeune et déjà en grande précarité ? Comment se construire quand notre enfance ne nous a pas offert les conditions d'une vie stable ? À Lille, l'implantation Toit à Moi Nord de France décide de réserver certains de ses logements-tremplins à ce public vulnérable en mal de ressources et d'un logement social.
Beaucoup de personnes sans-abri sont d'anciens enfants placés
En quelques chiffres
Selon la Fondation pour le Logement (rapport 2019), un quart des personnes sans-abri nées en France ont été placées en institution, foyer ou famille d’accueil dans leur enfance, avec pour deux tiers d'entre elles des violences ou des mauvais traitements. Nous touchons ainsi au cœur des inégalités sociales : commencer sa vie sur des bases instables et fragiles peut être le terreau d'une vie ponctuée de difficultés majeures.
18 ans, la fin de la plupart des aides
En France, 138 000 enfants ou adolescents sont pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Cette aide prend fin à 18 ans. À cet âge, et sans socle social et familial solide, beaucoup de jeunes peinent à avoir une solution de logement, d'emploi, d'études, en bref une situation stable qui leur permette d'être autonomes financièrement. Faire une demande de RSA n'étant possible qu'à partir de 25 ans, l'errance, la rue, les mauvaises rencontres sont parfois la seule issue. Quelques aides existent, mais elles sont insuffisantes, les informations difficiles d'accès, les démarches complexes.
À Lille et dans le Hainaut, le choix de logements-tremplins réservés à ces jeunes en difficulté
Agir au plus tôt pour limiter les traumatismes et favoriser le rebond
C'est en constatant que beaucoup d'anciennes personnes sans-abri logées par Toit à Moi Nord de France avaient fait un passage par l'Aide Sociale à l'Enfance que Gaëlle Vandenbroucke, déléguée générale de cette franchise sociale, souhaite mener son action plus loin. L'idée de son projet : accueillir des jeunes issus de l'ASE avant qu'ils ou elles ne tombent à la rue, afin de ne pas rajouter une couche de traumatisme à un public qui en a déjà connu beaucoup.
Elle décide alors de consacrer 4 logements à ce type de public, 2 à Lille et 2 dans le Hainaut (certains de ces logements sont en cours d'acquisition ou en projet). Le public visé : les 18-21 ans, qui n'ont pas encore trop connu la rue ni l'errance.
L'exemple de Joachim
« Celui qui m'a le plus marqué, c'est Joachim, que l'on a accueilli à Saint-Amand-les-Eaux. » se souvient Gaëlle. « Il avait 22 ans, en foyer à 16 ans, à la rue à 18 ans. Il a connu 4 ans de galères, d'errances, de petits boulots et surtout de mauvaises rencontres. C'est un jeune attachant, gentil, qui s'est énormément mobilisé pour trouver son alternance. Si on l'avait rencontré 4 ans plus tôt, on lui aurait évité des problèmes de santé, des traumatismes liés à la vie à la rue. » Pour Gaëlle et les chargées d'accompagnement social de son équipe, plus les personnes arrivent à l'association abîmées par la rue, plus le travail est rendu difficile et long. « Si on les accueillait dans un logement-tremplin au sortir de l'ASE, on éviterait à ces jeunes la double peine. »

Joachim, le jour de son départ de Toit à Moi
Un accompagnement spécifique
Gaëlle et son équipe ont bien conscience que ce public est différent des personnes qu'elles ont accompagnées jusqu'à présent.
« C'est un public plus volatil, qui peut avoir une grande défiance vis-à-vis des adultes, » explique-t-elle. « Ils et elles n'ont pas eu de structure familiale, pas d'accompagnement entre l'enfance et la vie d'adulte. Bien souvent, ils et elles ont dû grandir beaucoup trop vite tout en n'ayant pas l'occasion d'acquérir une maturité progressive. Arrivés à l'âge adulte, c'est le vertige de la solitude qui les guette. » Ainsi, le travail d'accompagnement est pensé en partenariat avec une structure qui a l'habitude de ce public ASE. Une forme de co-accompagnement entre Toit à Moi, le ou la spécialiste ASE et le jeune accompagné.
Pour Toit à Moi, c'est aussi un peu plus de frais. Pourquoi ? Car selon son modèle économique et le contrat de location, la personne accompagnée participe au loyer, aux charges de son logement-tremplin et aux frais de la vie de tous les jours en fonction de ses revenus. Mais si la personne n'en a aucun, ce qui peut être le cas ici, Toit à Moi prend ces frais à sa charge, engendrant un besoin de trésorerie plus important.
Pour les bénévoles, enfin, la relation peut être également différente. « Les jeunes seront peut-être sur la réserve et le lien de confiance peut être plus long à se mettre en place, en lien avec leur défiance vis-à-vis d'un monde adulte qui aurait jusqu'à présent été très décevant. Certains seront à l'aise, voudront participer aux activités, d'autres pas ; on ne peut pas faire de généralité. Cela dépendra des parcours et des profils. »
Un premier logement-tremplin jeune intégralement financé par les Rotary Clubs de Lille
2 ans de collecte pour l'acquisition du logement à Lille
Le premier appartement entièrement dédié à ce public a pu être financé grâce à la mobilisation exceptionnelle des Clubs Rotary de Lille. Durant deux ans, des actions ont été menées afin de collecter des fonds : tournoi de golf, vente d'art solidaire, concert... mais aussi dons de particuliers qui ont permis de financer à 100 % cet appartement. Ce T2, confortable et lumineux, est situé dans une résidence récente et à proximité des commerces et des services.
► Lire aussi : Le Rotary Club de Lille soutient les actions de Toit à Moi Nord de France
Sa première occupante est une jeune femme de 21 ans, passionnée de cuisine, qui a pour projet de reprendre des études.

M., le jour de son arrivée dans le logement
Un projet qui grandit grâce à des financeurs privés
« Le Nord de la France est la deuxième région en nombre de placements ASE. Il y a une vraie prise de conscience autour de ce sujet » relate Gaëlle. Des consortiums se mettent en place afin d'essayer d'offrir une réponse forte et pertinente à cette problématique. Le Fonds Gérard et Bernadette Mulliez (GBM) s'est associé à d'autres acteurs du territoire pour nous soutenir dans le financement de l'accompagnement dédié à ce public. D'autres appels à projets sont en cours afin de réaliser ce projet de 4 logements financés dans les Hauts-de-France.
On recherche des parrains et marraines pour concrétiser d'autres logements-tremplins !
C'est parce que des citoyens et des citoyennes s'engagent sur la durée que nous pouvons financer des habitats dignes pour permettre à des personnes de rebondir, ou de se lancer dans leur vie de manière stable.
Si 120 personnes donnent 20 € par mois pendant 5 ans, nous pouvons financer un logement qui servira consécutivement à plusieurs personnes sans-abri ou en grande exclusion.