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Après 2 ans à Toit à Moi

Omar* quitte Toit à Moi cette semaine, presque 2 ans jour pour jour après son arrivée. Il a voulu nous livrer son témoignage.  

J'ai d'abord subi des violences dans mon pays d'origine, et des blessures familiales. Dans la rue, ce n'était pas facile, j'ai connu de grandes souffrances. J'ai une maladie chronique, j'avais froid, je ne mangeais pas à ma faim, j'étais fatigué physiquement et psychologiquement. A cause de la maladie, j'ai des maux de ventre fréquents, des diarrhées. A la rue, je ne pouvais pas aller aux toilettes, je n'avais pas accès à l'hygiène alors que je devais prendre un traitement. Je ne me reconnaissais pas moi-même. Je me sentais isolé, négligé par les autres êtres humains.
Je me souviens très bien du jour où j'ai rencontré Toit à Moi, c'est comme si c'était aujourd'hui. C'était en novembre 2017, je suis arrivé avec mon sac à dos et mes 2 cabas. J'ai rencontré Hélène et Richard, des salariés, puis Jeanne et Jean-Marc, des bénévoles. J'ai raconté mon parcours, mes souffrances. Je me souviens, il faisait chaud dans le bureau, on m'a offert un bon café, il y a eu des sourires, j'ai senti un accueil chaleureux, les bras ouverts. On m'a considéré comme un être humain. Quelques jours après, on m'a annoncé que c'était bon, que Toit à Moi pouvait m'accueillir. J'étais très heureux, mais en même temps je n'y croyais pas. On m'a dit : "Tu es chez toi". J'ai découvert l'appartement, avec un jardin, alors que je m'attendais à un foyer ou une chambre d'hôtel comme au 115. Les premiers jours, j'ai beaucoup dormi, j'ai mangé, je me suis lavé, je pouvais tout simplement aller aux toilettes quand j'en avais besoin. Pendant une semaine, c'était comme un film ou un rêve, je pensais que ce n'était pas pour moi, une belle résidence comme ça.

Les premières semaines étaient difficiles, Richard mon accompagnateur était présent à mes côtés tous les jours, pour prendre des nouvelles régulièrement de mon moral, de ma santé, ou pour m'accompagner dans mes démarches. A l'époque, je n'avais pas de papiers et pas de revenus, on m'avait refusé l'asile malgré les violences au pays. Toit à Moi m'a aidé à acheter des vêtements chauds pour l'hiver, à faire des courses pour m'alimenter et avoir une bonne hygiène. J'ai fini par avoir une carte de séjour auprès de la préfecture, ce qui m'a permis d'ouvrir des droits et m'inscrire à Pôle Emploi car je voulais travailler dès que possible. Avant d'avoir ce papier, au cours d'une projection organisée par Jeanne, une bénévole, j'avais rencontré W., un chef d'entreprise qui soutient l'association. Ce soir là, il m'avait dit que dès que j'aurai des papiers, je pouvais l'appeler pour du travail. Et ce gars formidable et toujours souriant a tenu sa parole. Dès que j'ai eu ma carte de séjour, je l'ai appelé avec Richard et le lendemain, il venait nous voir pour organiser ça : 3 mois d'intérim, puis un CDI à temps plein. Un CDI 6 mois après être sorti de la rue !  Je suis donc rentré dans le monde du travail, ce qui m'a permis de devenir autonome. J'ai même pu m'acheter un véhicule avec un micro-crédit.

Aujourd'hui, je suis autonome financièrement et j'ai décidé de m'installer avec ma compagne. Nous attendons un bébé pour début 2020. C'est difficile de quitter Toit  à Moi, ça me rend triste car ici en France, c'est ma famille. Mais je dois laisser la place aux autres. L'association m'a aidé à devenir quelqu'un. Je remercie tout le monde : Richard, toujours à mes côtés pour m'aider, m'écouter, prendre des nouvelles matin et soir. Avec lui, je n'ai pas besoin de psychologue. Nous avons partagé de très bons moments ensemble. Je remercie également tous les bénévoles et leurs familles qui m'ont souvent invité, les entreprises qui soutiennent l'association, et même les Nantais (NDLR : l'antenne de Nantes et le siège de l'association) qui prennent de mes nouvelles.

Même si je quitte l'appartement, je passerai régulièrement à l'association pour garder ce lien très fort et donner de l'aide autant que possible. J'ai vu la qualité du travail des associations, et je suis maintenant parrain de l'UNICEF et de Toit  à Moi en donnant une petite somme régulièrement. Je vais aussi devenir bénévole avec l'équipe de Toit à Moi à Toulouse. C'est à mon tour de participer.
 

*prénom modifié

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Ouest France 11.01.19

Actualités - 28 novembre 2019
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